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Les
liens familiaux face aux nouvelles formes de procréation
Il y a encore vingt ans, un enfant éloigné de l’un de ses parents
risquait bien de passer, en France, pour la victime d’un divorce, voire
d’une infidélité conjugale. Il n’est aujourd’hui qu’un cas parmi
d’autres de ce qu’on a pris l’habitude d’appeller les « recompositions
familiales ». A vrai dire, le mot de « patchwork » conviendrait mieux tant
ces situations ont peu à voir avec les règles traditionnelles qui régissaient
les familles. Les bouleversements actuels ne concernent en effet plus seulement
la traditionnelle « stabilité de la cellule familiale ». Ce bouleversement là
a déjà eu lieu et il est entré dans les moeurs, de nombreux adultes ayant
d’ors et déjà grandi avec un seul de leurs parents au milieu de demi-frères
et de demi-soeurs. Aujourd’hui, les « liens » à maintenir ne concernent
plus seulement ceux qui existent entre l'enfant reconnu par son parent géniteur
et élevé par lui avant d'en être séparé, mais aussi des formes totalement
nouvelles de relations conditionnées par l’évolution conjuguée des moeurs
et de la médecine. L’ignorer conduirait rapidement à des problèmes humains
dramatiques et insolubles.
Mère
et père : du rôle à la fonction
Dans les années 70, certains se
risquaient encore parfois à évoquer les « rôles » du père et de la mère.
Ce mot désignait à la fois les fonctions privilégiées de chacun des deux
parents dans la division des tâches familiales et la fonction psychologique
censée leur correspondre. En pratique, la femme à la maison et le père au
travail étaient censés assurer un monde à deux pôles, « maternant » d'un côté
et « paternant » de l'autre. Cet usage du mot "rôle" rendait en
fait compte de la difficulté qu'il y avait à penser les diverses fonctions
maternelles et paternelles séparément du personnage emblématique censé les
incarner.
Ce problème, pourtant, avait fait l'objet d'un début de solution juridique il
y a plus d'un siècle. C'est au milieu de la deuxième moitié du XX e siècle
que le législateur a envisagé que le père puisse ne pas remplir son « rôle
». Il était alors qualifié de « père indigne » et le législateur pouvait
prononcer sa « déchéance». Mais il a fallu attendre les années 50 pour que
cette scène légale reçoive un prolongement théorique qui, à son tour, a eu
des conséquences considérables sur l'évolution des mentalités.
Entre 1956 et 1958,
Jacques Lacan a en effet dégagé les manquements du père aux normes familiales
et sociales et décrit une carence liée non plus aux conduites et aux
comportements tels que le législateur pouvait les prendre en compte en parlant
de « père indigne », mais à des effets de sens liés à la parole en tant
qu'elle est fondatrice du sujet. Plus précisément, Lacan a posé la condition
de l'efficacité symbolique de la fonction du père dans la place que la mère
lui donne. C'est ce que Lacan appelait « le cas qu'elle fait de sa parole,
disons le mot, de son autorité, autrement dit la place qu'elle réserve au
Nom-du-Père dans la promotion de la loi
suite de la conférence : "Les
liens familiaux"
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