A la Rencontre des idées et des pratiques en psychologie et psychanalyse

Suite de la conférence : 'L'agressivité'

L'agressivité chez l'enfant (suite)
Comment utiliser l’agressivité ?

Un enfant agressif, violent, nous déroute ; est-il normal ? Est-ce que ça va passer, que faut-il faire ? 
Il existe plusieurs théories explicatives de l’agressivité qui s’appuient sur différentes sciences : la biologie, l’éthologie, la philosophie, la psychophysiologie, l’anthropologie pour lesquelles il faudrait d’autres spécialistes.

Du point de vue de la psychanalyse

En ce qui concerne la psychanalyse, il n’y a pas de théorie générale de l’agressivité qui se dégage de l’expérience psychanalytique.
Deux grandes conceptions s’affrontent :
▬ l’agressivité est une réponse de l’organisme humain, provoquée par la non-satisfaction des pulsions, par la frustration ;
▬ l’agressivité est une tendance fondamentale innée de l’être humain.
Cette seconde conception se divise elle-même en deux points de vue différents.
Ils comportent tous les deux une dualité de la haine et de l’amour, mais pour l’un, l’agressivité est un instinct destructeur, « l’instinct de mort » ; pour l’autre, l’agressivité est un instinct de vie comme l’instinct sexuel ; il existe une énergie agressive comme il existe une énergie libidinale.

► Les psychanalystes sont rangés en trois camps.
▪ Dans le premier, il y a Freud jeune, Fénichel, Winnicott entre beaucoup d’autres.
▪ Dans le second, il y a un Freud plus tardif avec son « instinct de mort », Lacan, Mélanie Klein et toute une pléiade d’autres analystes.
▪ Dans le troisième, nous avons Hartmann et les analystes américains.
Comme il est impossible de mettre d’accord les tenants de ces théories, il vaut mieux essayer de dépasser le débat en s’appuyant sur les travaux de l’éthologie.

► L’agressivité accompagne les conduites adaptatives les plus diverses :
▬ nutrition,
▬ défense du territoire,
▬ conduite reproductrice, etc.
Si l’on étudie les conduites agressives dans des situations définies et les fantasmes agressifs, qui ne sont pas toujours suivis d’actions agressives, on peut se demander comment naissent ces conduites et ces fantasmes, comment ils se transforment ou persistent, inchangés.

► Les trois grandes conceptions théoriques de l’agressivité comportent chacune un point de vue général, c’est à dire tiennent compte du développement de l’enfant dans le temps.
C’est ce point de vue qui va nous occuper.

Agressivité et développement de l’enfant dans le temps

Nous avons, au début de la vie, l’agressivité orale qui engendre l’avidité, puis l’agressivité anale qui engendre la domination et enfin l’agressivité phallique qui engendre la rivalité.
Suivant l’âge de l’enfant, l’agressivité n’aura pas du tout le même aspect et la même signification, et on n’aura pas les mêmes raisons d’intervenir ou de ne pas intervenir.
De mon travail de thérapeute, je retiendrai le fait que l’agressivité exagérée, destructrice, est toujours due à une désintrication de l’amour et de la haine ; la haine marche à vide pour ainsi dire. L’ambivalence inhérente à la vie est détruite. 
Elle est aussi toujours une réponse à : 
▬ l’angoisse,
▬ l’anxiété,
▬ la jalousie,
▬ la peur,
▬ l’injustice,
ou bien une manifestation d’un trouble psychologique ou psychiatrique.
En revanche, il est tout à fait normal que l’enfant ait une certaine dose d’agressivité qui correspond à sa vitalité, à sa motricité, à son besoin de s’opposer, de se battre, de discuter, d’exister. Il y a une agressivité verbale, une autre gestuelle, dirigée contre les autres ou contre soi. Cette dernière peut être liée à la culpabilité.
Suivant les familles, la tolérance à l’agressivité n’est pas la même ; le contexte familial est essentiel pour saisir le niveau de « normalité » accepté par les familles. Le seuil de tolérance ou même de valorisation de l’agressivité est un problème culturel.
L’école a aussi son seuil de tolérance, les différents groupes familiaux également. Les grands-parents n’ont pas la même attitude que les parents, etc.

Cas concrets

Pour vous donner une idée de la variété d’expression de l’agressivité, je vais vous parler de quatre enfants handicapés par une agressivité exagérée : Simon, Henri, David et Pierre.
► Simon tapait sur tout le monde, sans raison ; on ne pouvait plus le garder à l’école tellement il était agressif, spécialement avec les plus petits.
► Henri ne pouvait pas contrôler ses envies et ses désirs ; il était prêt à tout démolir pour les assouvir tout de suite ; il terrorisait sa famille, sans le vouloir vraiment, car par ailleurs, il était très affectueux.
► David était très agressif avec son petit frère et avec ses camarades.
► Pierre était tantôt agressif, tantôt inhibé, sans transition.
Leurs difficultés étaient si accentuées qu’il a fallu faire une psychothérapie.
On a pu comprendre alors que :
▪ Simon était très angoissé et tapait le premier de peur d’être lui-même attaqué, peur inconsciente ;
▪ Henri avait été adopté et son père était déçu par lui et indifférent ; Henri faisait tout au monde pour attirer son attention ;
▪ David souffrait terriblement de sa jalousie, sans pouvoir la contrôler ;
▪ Pierre était très insécurisé par les difficultés conjugales de ses parents.
Heureusement, les manifestations de l’agressivité ne sont pas ordinairement aussi violentes.
Cette force est d’abord une force de vie indispensable. C’est seulement son exagération qui peut être pénible et ceci est difficile à évaluer.
On peut essayer de se les poser pour y voir plus clair. 

Quelques questions

▬ Dans quel contexte l’agressivité apparaît-elle ?
▬ Quand est-elle apparue pour la première fois ?
▬ Quand devient-elle insupportable ?
▬ Pour qui ? 
▬ Avec qui ?
▬ Qui souffre le plus ?
▬ Comment se calme-t-elle ?
▬ Quels moyens ont été employés ?
▬ L’agressivité se déclenche-t-elle avec certains membres de la famille, plus qu’avec d’autres ?

Quelques exemples de la vie courante

► Une violente colère après une frustration :
▪ laisser passer la colère sans rien faire, sans même y faire attention ; l’enfant sera très étonné de votre indifférence ;
▪ essayer ensuite de savoir ce qui a provoqué la colère et voir si on pourrait trouver une solution avec l’enfant ;
▪ lui apprendre à supporter l’attente avant la satisfaction et au besoin lui dire que pour nous aussi c’est difficile.

► Votre enfant tape son petit frère dont il est très jaloux :
▪ d’abord protéger le petit, bien sûr ; cela sécurise d’ailleurs le grand qui se sent protégé contre sa propre violence ;
▪ ensuite, si l’on a le temps, proposer au grand un jeu qui le valorise et que le petit « n’est pas capable de faire » ; la valorisation est une arme indispensable contre la jalousie.

► L’enfant agresse parce qu’il a peur :
▪ trouver la peur, ce qui n’est pas toujours facile, et la calmer ;
▪ pour pouvoir protéger l’enfant contre sa propre violence, il faut que nous n’en ayons pas peur nous-mêmes ; notre propre violence nous effraie aussi ; elles correspondent et s’entraînent mutuellement comme en spirale.

► L’enfant agresse à la suite d’une agression de notre part ; s’excuser auprès de lui, savoir nous remettre en cause, ce qui ne nuit pas à l’autorité.

► L’enfant agresse parce qu’il a subi une injustice ou parce qu’il le croit :
▪ compatir,
▪ en parler,
▪ voir si l’on peut réparer,
▪ lui enseigner comment assumer et dépasser les injustices qu’il rencontre souvent dans la vie.

► L’enfant est tour à tour agressif ou inhibé sans que l’on comprenne pourquoi :
▪ le valoriser au maximum,
▪ encourager ses moindres réussites,
▪ montrer qu’on est fier de lui,
▪ montrer aussi qu’on est fier de soi.
Un sentiment d’infériorité accompagne souvent l’agressivité. Encourager toujours, ne jamais décourager, mais stimuler.

► L’enfant est souvent agressif lorsqu’il est fragilisé physiquement par une maladie qui couve ou, psychologiquement, par un événement traumatisant survenu dans la famille ou à l’école, en parler, le consoler et réfléchir avec lui.

► L’enfant est agressif à l’école et pas à la maison ; a-t-il peur de la maîtresse ou des enfants ? N’arrive-t-il pas à quitter sa mère ? Fait-il le « dur » pour compenser un sentiment d’échec ?
Il faut :
▪ essayer d’évaluer ces différents points,
▪ en parler avec la maîtresse et
▪ que les deux parents s’en préoccupent.
Dans tous les cas, il est essentiel de désamorcer l’agressivité en essayant de comprendre ce qui se passe :
▪ parler, parler et encore parler,
▪ pratiquer l’humour, la tendresse, être ferme et indulgent.

Conclusions

Nous devrons toujours :
▬ avoir de l’imagination,
▬ encourager,
▬ valoriser,
▬ partager les joies et les peines,
▬ donner confiance dans le sentiment de grandir et de s’affirmer,
▬ recevoir les copains,
▬ valoriser les activités personnelles,
▬ favoriser l’autonomie,
▬ s’amuser, rire,
▬ aimer la vie. ■
haut de page La Source - 26 chemin du Bessayré - 31240 SAINT JEAN
Tél. (33) 05.61.74.23.74 / Fax : (33) 05.61.74.44.52 / Mail :